lundi 20 juin 2016

La MONNAIE, quelle histoire !



L'économie repose d'abord sur le raisonnement théorique. Comme disait Ludwig Von Mises : "La preuve d'une théorie est dans son raisonnement."

À l'opposé de cet argument circulaire, et si l'on se place plus sérieusement dans une perspective fondée sur les observations directes des anthropologues (Clastres, Graeber, Mauss…) et sur les recherches des historiens des systèmes d'enregistrements des flux économiques (Zarlenga, Quiggin, Knapp...), on constate que les systèmes de crédit/dette mutuels précèdent de quelques milliers d'années l'apparition de la "monnaie", et que celle-ci apparaît exactement au moment où ce que Oppenheimer nomme le "moyen politique", commence à subjuguer le "moyen économique". (1)
Autrement dit quand ceux qui veulent vivre sans travailler commencent à mettre en œuvre leurs manigances pour s'engraisser aux dépens des autres.




C'est donc bien de "monnaie", et de rien d'autre, qu'il convient de parler dès lors que l'on aborde ce cas très particulier de manipulation du système commun d'enregistrement des flux économiques par une horde de prédateurs singulièrement subtils et rusés.


Selon les anthropologues et les historiens spécialisés, cette manipulation a été mise en place quasi simultanément dans trois parties du monde (Chine, Inde et Bassin Méditerranéen) autour du 7ème siècle avant JC. (cf Karl Jaspers, in Graeber 2011)
Cette perversion a été nommée "Monnaie".

NB : Il est intéressant de noter que ce sont dans ces mêmes parties du monde qu'apparaissent peu après les trois grands courants philosophico-mystiques qui donneront naissance aux trois premières religions. (Possiblement des courants de résistance face à ce nouveau facteur extrêmement puissant de prédation et d'inégalité.)




L'histoire de la "Monnaie" est donc l'histoire du pouvoir. C'est la manipulation des systèmes de comptabilité mutuelle pré-existants qui a permis aux prédateurs d'exercer leur kleptoparasitisme, en faisant croire aux usagers de ces systèmes  :

1. que les unités de mesure de leurs systèmes pouvaient être inscrits sur des rondelles métalliques (permettant ainsi la tricherie de la "création monétaire", détruisant la nécessité de l'enregistrement en partie double, et permettant l'enrichissement bien réel, sans production associée, des émetteurs de rondelles.)

2. que la nouvelle invention avait de la "valeur", puisqu'on pouvait s'en servir pour "acheter" tout le reste, occultant ainsi le fait que l'invention en question permettait surtout au despote de s'enrichir à perpétuité sur le dos des populations ainsi flouées.




Le concept de "monnaie" était né. Il repose donc sur l'appropriation par les prédateurs de la partie négative des anciens systèmes équilibrés de comptabilité mutuelle, et par l'obligation, par la magie de la rondelle métallique, d'utiliser désormais pour les comptes mutuels les seules unités positives figurant sur les jetons au porteur émis par le centre de pouvoir.

Bien entendu, la partie négative, d'un point de vue comptable, reste sur les livres du despote. C'est la "dette publique", qui ne coûte rien à produire et qui permet au centre de pouvoir de faire travailler des populations entières à son profit. C'est aujourd'hui le passif des bilans bancaires, qui est la contrepartie de la "monnaie" en circulation.

La perversion consiste simplement à faire croire que des unités de mesure peuvent exister matériellement, et que des chiffres peuvent avoir une valeur. Un peu comme si quelqu'un vendait des degrés pour mesurer des températures… !




Cette perversion en cascade entraîne un certain nombre d'effets :

- la fausse "valeur d'échange" de la "monnaie" qui permet aux émetteurs de rondelles, plus tard de papier, puis enfin de passif comptable, de tout acheter sans jamais rien produire
- l'illusion de la possibilité d'accumuler des chiffres, qui permet une annihilation illusoire de la peur de manquer
- l'illusion de recevoir des chiffres "en échange" de nos biens et services, alors que ces chiffres sans valeur ne sont que l'expression comptable du changement de solde de notre compte
- l'illusion de pouvoir transmettre ses chiffres à qui l'on veut, notamment à ses descendants, ce qui permet la mise en place d'une dynastie, c'est-à-dire l'ultime réponse à la peur de la mort
et bien sûr :
- l'illusion que, quand on se sépare de ses unités de mesure pour les mettre sur le compte de quelqu'un d'autre, on peut en demander PLUS en retour !


Conclusion : 


Si nous voulons imaginer et mettre en place de nouveaux systèmes plus équilibrés, plus libres, plus équitables et plus fraternels, il est primordial que nous prenions conscience autant que possible, des conditionnements et de la propagande dont nous sommes l'objet depuis 27 siècles, et de tout faire pour nous en libérer, afin de ne pas les réinsérer dans nos nouveaux systèmes.



(1) Franz Oppenheimer : "L'Etat, ses origines, son évolution et son avenir"


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vendredi 5 février 2016

L'espoir


Bonsoir les amies et les amis.

Je suis en train de perdre l'espoir.
Peut-être pas totalement tout espoir de vous faire comprendre à quel point nous sommes esclaves d'un système monétaire et financier prédateur.
Peut-être pas tout espoir de vous convaincre de résoudre avant toute autre chose le problème racine de la monnaie féodale, qui permet à une classe de saigneurs de nous saigner, tous les jours, tout le temps, à chaque fois que nous acceptons de leur vendre notre vie pour quelques chiffres creux et sans valeur.
Peut-être pas tout espoir de voir éclore des moyens parallèles de tenir nos comptes, avec ou sans chiffres, ou peut-être même, tout simplement et comme nous le faisons entre amis, de nous faire suffisamment confiance pour accepter de donner et de recevoir sans compter, ou en comptant juste sur notre mémoire, notre honnêteté et notre amitié mutuelle.

Mais en tous cas, oui, j'ai perdu tout espoir de récupérer à notre profit et pour notre salut la moindre bienveillance de la part des individus profondément détraqués qui ont désormais acquis par la menace, le mensonge et la violence, et avec notre consentement imbécile, un pouvoir absolu sur nos vies, nos usages et nos lois.
J'ai perdu tout espoir de leur demander, et même de leur imposer nos choix quels qu'ils soient. Je ne crois pas que l'on puisse demander ou imposer quoi que ce soit à des individus parfaitement déterminés qui disposent aujourd'hui de l'argent, de la loi, des tribunaux, de l'armée, de la police, des prisons, des services secrets, et de la bombe atomique.
Je ne crois pas que l'on puisse demander ou imposer quoi que ce soit à des individus qui n'ont aucun scrupule à mentir, à manipuler, à diviser, à espionner et frapper leurs propres populations, à déclencher des guerres et à faire des morts par milliers.




Il me reste l'espoir de continuer à vivre pour modestement contribuer à notre éveil commun. Mais franchement, s'il reste des solutions, c'est par chacun de nous, un par un, qu'elle seront trouvées et appliquées.
C'est dans nos propres façons de vivre, de nous informer, de nous nourrir, de construire nos logis, de voir nos enfants grandir, de nous relier, de nous entraider, que nous devons évoluer, vite ou lentement, mais personnellement.
C'est dans notre propre liberté et notre propre indépendance qu'il me reste un espoir. C'est dans notre esprit français de démerde, de résistance et d'invention qu'il me reste un espoir. Cet esprit français, je sais bien, est sérieusement entamé et meurtri, je sais bien que nombre d'entre nous ne manifestent plus, n'élèvent plus la voix, ne pensent plus. La peur est là qui nous étouffe, peur de la matraque, des contrôles, peur des autres aussi, du jugement, peur de devenir un mouton noir, un dissident, voire même un complotiste, insulte ultime ! Cette peur, je la ressens tout comme vous peut-être. Et j'en tiens compte. Tout comme je tiens compte des forces colossales en présence face à nous, des forces qui n'hésitent pas à tuer.
Les grandes questions se posent : Sommes-nous plus utiles en prison ou en liberté ? Sommes-nous plus utiles sur un réseau social ou dans la vie réelle ? Sommes-nous plus utiles sur une pétition ou dans un jardin potager ? Sommes-nous plus utiles face à des institutions sourdes et aveugles ou face à nous-mêmes ?
Je cherche les réponses, et pour l'instant ma petite voix, que je n'écoutais plus beaucoup ces derniers mois, me conseille plutôt de prendre le maquis, et de vivre pour créer maintenant le futur que je désire, peut-être en secret, ou peut-être avec vous, nous verrons. En tous cas, je reste là, pas loin, si vous avez besoin de moi, et je prépare la suite.

À bientôt  ;-)

Gérard Foucher
5 février 2016






vendredi 22 janvier 2016

L'arme secrète



Imaginez :

Vous disposez d'une arme secrète, invisible, qui vous permet de construire le monde dont VOUS rêvez, un monde qui favorise exclusivement VOTRE richesse, VOTRE pouvoir, VOTRE bonheur et VOTRE liberté.
Vous partagez votre arme secrète avec vos amis, qui finissent par former autour de vous une petite élite fidèle, riche et puissante. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

Mais avec le temps, un petit inconvénient se met à jour : votre système repose sur l'exploitation de tout le reste de la création.
En particulier, votre enrichissement exponentiel crée peu à peu un asservissement, une souffrance et une pauvreté intolérables pour tout le reste des gens, sauf vous et vos amis.


Maintenant supposez que certaines personnes, parmi ces populations asservies, se rendent compte qu'il y a un petit problème d'inégalité, et se mettent soudain à avoir l'idée que peut-être il faudrait un peu rétablir l'équilibre des choses.

Et là, vous avez deux mouvements qui se dessinent :

- D'une part, des gens qui disent qu'il faudrait vous reprendre un peu de toute cette richesse, par exemple en vous obligeant à redonner un peu de tout ce que vous leur avez pris depuis des siècles, un peu de tout ce que vous continuez à leur prendre tous les jours, par exemple en taxant vos robots, en prenant une taxe minime sur toutes vos opérations de spéculation, ou en taxant vos amis et vos complices…

- Et d'autre part, des gens qui ont compris que vous êtes en possession d'une arme secrète, qui en expliquent le fonctionnement, qui démontrent que le pouvoir que vous avez vient exclusivement de là, et qui voudraient bien que votre arme secrète, tout le monde puisse en profiter, qu'elle soit connue de tous, et même qu'elle soit distribuée gratuitement à tout le monde, pour que chacun puisse s'en servir à son niveau, pour ses projets à lui et pour les projets communs, en toute liberté et en parfaite égalité.


Questions : 

À qui allez-vous donner la parole dans vos médias ? Qui allez-vous inviter dans vos réunions ? Lequel des deux modèles allez-vous faire mine de défendre vous-même ?

Et qui allez-vous ignorer, qui allez-vous combattre en sous-main, qui allez-vous soudoyer, menacer, voire éliminer ? Quels groupes allez-vous faire infiltrer par vos amis pour vous assurer qu'ils vont dans la bonne direction ?


Conclusion :

Nous sommes les 99%. Nous sommes les ignorants.

Si nous voulons rétablir la Liberté, l'Égalité et la Fraternité dans notre monde, si nous voulons mettre au pas cette élite dominante et prédatrice qui est en train de détruire non seulement nos valeurs humaines, mais notre planète tout entière, nous devons nous débrouiller nous-mêmes, nous expliquer les uns les autres comment fonctionne vraiment le système que nous subissons, et pourquoi notre autonomie et notre liberté nous échappent.

"Aimons-nous les uns les autres", ce sera pour plus tard.
Pour l'instant c'est plutôt : "Réveillons-nous les uns les autres !"
... ce qui n'empêche pas, au contraire, d'exposer aussi aux membres de l'élite à quel point leur action est nocive et leur silence est complice, et de les réveiller aussi.

Le réveil sera parfois, presque toujours, difficile. C'est précisément la raison pour laquelle nous devons tous nous unir et nous soutenir, et rester généreux et patients, même et surtout envers ceux qui en profitent ou qui s'en sortent mieux que les autres. Nous devons tous comprendre.

La Justice n'est pour personne si un seul en est privé. 

La Justice ne viendra pas de ceux qui la méprisent,
mais de ceux qui la désirent.























PS : Pour en savoir un peu plus sur "L'arme secrète", vous pouvez commencer avec ce petit livre...











mardi 16 juin 2015

Les pires seront au pouvoir, inévitablement.








Axiome :

L'État est censé nous protéger contre les méfaits et les crimes des plus vils d'entre nous.
Le raisonnement est le suivant : si l'on confie le monopole de l'écriture des lois et des moyens de coercition à une organisation centralisée, cette organisation va faire peur aux méchants et, en leur infligeant la peur de se faire prendre et d'être punis, les dissuader de faire le mal.


Proposition :


Cet axiome est faux.
Un État ne nous protège pas des méfaits et des crimes des plus vils d'entre nous.
Au contraire, le monopole de la violence et l'impunité attirent inévitablement les plus vils d'entre nous, et leur permettent d'exercer leurs crimes sans limites.
De plus, les plus vils n'auront aucun scrupule à mentir et à utiliser tous les moyens mêmes les plus vicieux pour parvenir à leurs fins. Les plus vils d'entre nous vont donc inévitablement réussir à contrôler le gouvernement.


Démonstration :

Pour un malfaiteur, le comble du succès serait de pouvoir lui-même fixer les règles qui vont être imposées à tous les autres sans lui-même y être soumis, et sans risquer la moindre punition s'il les transgresse. Il pourrait ainsi exercer ses méfaits sans limites, tout en ayant le pouvoir de punir tous les autres à sa guise.

Or :
1. C'est l'État qui fait la loi, et qui la fait respecter par la force et la menace de punition.
En effet, l'État possède le monopole de l'écriture des lois et des moyens de coercition (police, armée, tribunaux, prisons…). L'État est donc par définition au-dessus de la loi.
2. Cette situation rend légitime et nécessaire l'immunité des gouvernants qui constituent l'État.
En effet, accéder au gouvernement permet d'obtenir l'immunité, c'est-à-dire l'impunité au regard des méfaits interdits par la loi.
3. Si une minorité de gens vicieux cherche à prendre le pouvoir sur une majorité de gens vertueux, les vicieux mentiront sans scrupule aux vertueux pour accéder au gouvernement. Une fois au pouvoir, les plus vicieux briseront leurs promesses fallacieuses et mettront en place leur propres lois pour leur propre intérêt, utilisant l'armée, la police, les tribunaux et les prisons pour imposer leurs volontés. Accéder au gouvernement est la plus belle récompense dont les plus vils d'entre nous puissent rêver.



Conclusion : 

Accéder au gouvernement est pour les plus vils d'entre nous le moyen idéal d'acquérir le pouvoir afin d'exercer leurs méfaits sans limites et sans courir le moindre risque de punition.
Ils disposent des moyens physiques et psychologiques pour y parvenir.

Les plus vils d'entre nous vont inévitablement réussir à contrôler le gouvernement, et donc, seront au pouvoir.

CQFD.















jeudi 6 novembre 2014

Revenu de Base et Monnaie


Les raisons de mettre en place un Revenu de Base sont nombreuses.
L'une des plus engageantes, à la fois d'un point de vue économique et d'un point de vue éthique, est celle-ci : un revenu de base permettrait d'éradiquer quasi instantanément la grande pauvreté.
Mais qu'est-ce que la pauvreté ?
Ne pourrait-on pas dire, de manière presque simpliste, que, dans une société monétisée comme la nôtre, la pauvreté est seulement un manque de monnaie profond et constant ? Si c'est le cas, et si nous sommes d'accord sur ces prémisses, il convient de se demander pourquoi certains ont de la monnaie, et d'autres pas.
Pour répondre à cette question, il convient d'en poser deux autres : 1. qui crée la monnaie, et 2. à qui cette monnaie est-elle distribuée ?
J'ai répondu maintes fois à ces questions, et je ne suis pas le seul. (Voir par exemple ici, ici, et ).


En deux mots :

La monnaie est créée par les banques à chaque fois qu'elles émettent un crédit, et détruite à chaque fois qu'un crédit est remboursé.

Explication : Quand quelqu'un vient dans une banque pour "emprunter" par exemple 100.000 euros pour se faire construire une maison, le banquier, par un simple jeu d'écritures comptables, augmente son bilan de 100.000 euros. La banque crée ainsi ex nihilo (c'est l'expression consacrée, c'est du latin, ça veut dire "à partir de rien") 100.000 euros de plus, qui n'existaient pas auparavant. Aucun compte n'a été débité dans l'opération.

Toute la monnaie qui figure sur nos comptes bancaires, soit 90 à 95% de la masse monétaire en circulation, vient obligatoirement de ce processus de création-là. Donc, pour toute unité de monnaie, il existe forcément quelqu'un, quelque part, tout le temps, qui paye des intérêts.
Collectivement, nous1 sommes tous endettés auprès du secteur bancaire.


Mais ce n'est pas tout :

Dans un tel système :
  • La distribution du pouvoir d'achat est inéquitable par construction. En effet, plus on est "riche", plus l'accès au crédit est facile et bon marché (pensez "gros projets", "immobilier", et "multinationales"), et plus on est "pauvre", plus l'accès au crédit est difficile et cher (pensez "découvert", et "agios"...).
  • De plus, dans un tel système, ce sont par définition les gens qui ont plus de monnaie que la moyenne qui reçoivent le plus gros des intérêts, et ce sont les gens qui ont moins de monnaie que la moyenne qui payent les intérêts. Dans un tel système, les plus riches s'enrichissent, et les plus pauvres s'appauvrissent.
La monnaie-dette est donc un système parfaitement efficace de redistribution des richesses du bas vers le haut.
D'où la nécessité absolue de mettre en place des mécanismes de compensation comme les impôts ou les cotisations sociales. Mais ces prélèvements ne sont, au mieux, que des flux inverses au prélèvement principal qui s'exerce en amont.
Le revenu de base mérite bien sûr largement sa place dans ces mécanismes redistributifs, mais il serait dommage de sous-estimer l'analyse monétaire et de ne pas prendre en compte la racine essentielle des inégalités croissantes que nous constatons.


Conclusion

La création monétaire est un "privilège régalien", c'est-à-dire un élément constitutif de la souveraineté. Actuellement, le souverain monétaire, c'est le secteur bancaire. Ne serait-il pas temps que les citoyens reprennent leur souveraineté sur cet aspect essentiel de l’économie et de la vie en commun ?
Ne serait-il pas temps d'examiner la cause essentielle des injustices que nous rêvons tant d'abolir ?
Forts de ces analyses, peut-être pourrions-nous envisager de redonner peu à peu la création monétaire à la société civile, et pourquoi pas, donner régulièrement à chaque citoyen, de manière individuelle, inconditionnelle et universelle, sa propre part de monnaie commune...
Ne serait-ce pas là le socle le plus solide et le plus durable pour fonder ensemble un Revenu de Base libre, équitable et souverain ?








Gérard Foucher - 6 novembre 2014




1  "nous" = les "agents non-bancaires" : particuliers, entreprises, État





jeudi 16 octobre 2014

Monnaie-Dette : Le Pitch


ou

Comment expliquer la Monnaie-Dette, ses conséquences et sa solution, en quelques minutes.


 

 

Avertissement : Si votre belle-soeur vient juste d'acheter un appart' à crédit... évitez d'aborder le sujet !  ;-)




Première partie : description



La question principale c'est : d'où vient la monnaie ?

Il y a deux sortes de monnaie : les pièces et les billets qu'on a dans les poches et la monnaie qu'on a sur les comptes bancaires. En moyenne au niveau global, il y a environ 10% de pièces et billets et 90% de monnaie bancaire. C'est-à-dire que 10% de nos achats s'effectuent en liquide, et tout le reste de nos transactions, c'est de l'argent immatériel qui passe d'une banque à une autre, d'un compte bancaire à un autre : les prélèvements automatiques, les virements, les dépenses de loyer, les salaires, toutes les dépenses des administrations, toutes les dépenses des entreprises, ce sont des chiffres qui passent d'un compte bancaire un autre. 90% de l'économie fonctionne avec cette monnaie-là, avec cet argent-là.

D'où vient cet argent qui figure sur les comptes bancaires ?

Il est créé à chaque fois qu'une banque émet un crédit au profit de quelqu'un.

Quand quelqu'un vient dans une banque chercher de l'argent, "emprunter" (mais il faut faire des gros guillemets) de l'argent, quand une personne par exemple se présente pour obtenir 100.000 euros pour se faire construire une maison, le banquier, par un simple jeu d'écritures comptables à l'actif et au passif de son bilan, augmente simultanément son actif et son passif de 100.000 euros, c'est-à-dire du montant qui est demandé par la personne qui est venue chercher cet argent. La banque crée ainsi ex nihilo (c'est l'expression consacrée, c'est du latin, ça veut dire "à partir de rien") 100.000 euros de plus, qui n'existaient pas auparavant. Aucun compte n'a été débité dans l'opération.

Ces 100.000 euros, qu'est-ce qu'ils deviennent ? Ils viennent sur le compte bancaire de la personne qui les a reçus, et cette personne peut, à partir de là, les dépenser dans l'économie.

Elle peut par exemple, si elle a une maison à construire, payer son maçon, payer son plombier, dépenser son nouveau pouvoir d'achat, et le maçon peut dépenser à son tour, payer ses ouvriers, aller au restaurant, et ainsi de suite. De nouvelles transactions sont générées qui ne pouvaient pas avoir lieu auparavant. Cette monnaie-là, c'est de la monnaie entièrement nouvelle qui est émise dans l'ensemble de la société et qui devient de la monnaie commune qui se met à circuler d'un compte à l'autre. Toute la monnaie qui figure sur nos comptes bancaires, soit 90% de la monnaie en circulation, vient obligatoirement de ce processus de création-là.



Deuxième partie : conséquences



Dans une société moderne avec le système d'émission monétaire que nous avons, c'est-à-dire création monétaire par le crédit bancaire, tout le monde est obligé d'emprunter !

Les particuliers pour faire leurs propres achats, les entreprises pour financer leurs besoins en fonds de roulement et leurs investissements, et même les États. En période de crise, les ménages et les entreprises ne sont plus en capacité d'emprunter, ils essayent plutôt au contraire, de se désendetter. Les États restent donc les seuls organismes qui peuvent continuer à s'endetter (ou plutôt à endetter leur population) pour créer de la monnaie et réduire les effets destructeurs du manque de monnaie.

Qu'est-ce que ça signifie d'un point de vue économique et social ?

Que toute la monnaie, ou en tous cas 90% de la monnaie que nous utilisons et que toutes nos administrations et toutes nos entreprises utilisent au quotidien, est soumise à un intérêt permanent. Chaque unité monétaire provient d'une émission de crédit et donc c'est une dette pour quelqu'un qui doit payer des intérêts.

- Conséquence 1 : il faut travailler deux fois plus, se battre les uns contre les autres, entre personnes, entre entreprises, entre pays, pour trouver les intérêts. D'où le besoin crucial de croissance, d'où le pillage des ressources, d'où la concurrence effrénée.

- Conséquence 2 : c'est un secteur particulier de l'économie, le secteur bancaire, qui décide ce qui est financé ou de ce qui n'est pas financé, qui décide où va l'argent et où ne va pas l'argent, et cela selon des critères propre à un secteur privé qui défend ses propres intérêts.

- Conséquence 3, inévitable et mathématique : l'ensemble de la société (les "agents non-bancaires") est endetté auprès du secteur bancaire.



Ce système a encore bien d'autres conséquences :

- Quand le secteur bancaire émet du crédit à tout-va, on obtient une période d'euphorie économique : une bulle immobilière, financière, boursière... habituellement suivie d'un crash.

- Dès que les banques réduisent leurs émissions de crédit, on obtient une récession. Et si personne ne crée de la monnaie nouvelle, même pas l'État ni la Banque Centrale, la récession peut durer des années !



C'est un système hautement bipolaire qui a des conséquences énormes sur les vies quotidiennes de chacun d'entre nous, sur les carnets de commandes des entreprises, sur les salaires, sur l'emploi, sur les tensions sociales et internationales, sur l'endettement privé qui devient public, sur la concurrence effrénée entre tous, sur le pillage des ressources, etc, etc...



Troisième partie : solution



La solution va prendre du temps à se mettre en place, parce qu'il faut ménager des intérêts extrêmement puissants, mais ce qu'on peut imaginer, c'est que petit à petit, avec le temps, on reprenne peu à peu le privilège de la création monétaire au secteur bancaire et qu'on le redonne non pas à l'État ni aux politiciens, mais directement à la société civile, c'est-à-dire aux citoyens, et là, on peut se dire :

Pourquoi ne déciderions-nous pas d'appliquer le fameux principe de subsidiarité, qui veut qu'à chaque échelle de responsabilité, une communauté donnée puisse avoir les moyens de mettre en oeuvre les décisions qui la concernent ? Décision nationale : État. Décision régionale : région. Communale : commune…

Pourquoi ne pas aller au bout du raisonnement et se demander quel serait, dans une société humaine, le niveau le plus fin possible de subsidiarité : la réponse est évidente, c'est l'être humain, l'individu, la personne humaine.

Et pourquoi ne pas donner à chaque citoyen et à chaque citoyenne le droit de décider librement, en son âme et conscience, ce qu'il ou elle veut vraiment financer ou ne pas financer ?

Pourquoi ne pas adopter la solution la plus logique, la plus équitable, et qui en plus est parfaitement conforme aux valeurs de la France :

Donner régulièrement à chaque citoyen, de manière individuelle, inconditionnelle et universelle, sa propre part de monnaie commune.

Libre à lui ou à elle, de l'utiliser comme bon lui semble : dépenser, épargner, rembourser une dette, ou financer librement et volontairement, seul ou à plusieurs, à cent, à mille ou à dix millions, les projets qu'il ou elle jugera bon de financer pour son avenir et l'avenir de ses enfants. De l'énergie nucléaire ou des énergies renouvelables, un sauvetage des banques ou une transition écologique, une guerre ou une économie sociale et solidaire ?



Voilà la véritable démocratie : la démocratie économique. Chaque décision d'achat, d'investissement, de financement devient l'expression du droit de vote économique de chacun.


Voilà la véritable Liberté, la véritable Égalité, qui nous permettra d'aller, espérons-le, vers une véritable Fraternité.













vendredi 29 août 2014

Différence entre "Monnaie" et "Système monétaire"



Cher Monsieur,
"Changer la monnaie pour changer le monde"... soit.
Mais un marteau sera toujours là pour clouer.
Or la monnaie est un intermédiaire d’échange. Elle doit avoir une valeur intrinsèque (adossée à l’or, adossée au marché de l’offre et de la demande) basée sur un minimum de rareté...




Réponse : 

La "Monnaie" est une chose. 

Le système monétaire, ou "Système de mesure et d’enregistrement des transactions" en est une autre.

D’une part, la "monnaie" (les chiffres accumulés en positif sur un compte) peut être considérée comme un intermédiaire d’échange, presque une marchandise, à laquelle on peut effectivement attribuer une valeur intrinsèque, et que par conséquent beaucoup considèrent comme un "bien" que l’on peut accumuler, sur lequel on peut demander des intérêts, etc...


D’autre part, un "Système monétaire" est un système de comptabilité mutuelle destiné à mesurer et à enregistrer les transactions réelles. 

Chaque transaction est enregistrée simultanément chez les deux intervenants. En positif d’un côté, en négatif de l’autre. Quand je vous achète quelque chose, mon compte descend, le vôtre monte.


NB1 : Ce pourrait être l’inverse. L’échelle et le sens de mesure des transactions n’a pas d’importance, il suffit que chacun soit d’accord sur les paramètres. On peut même imaginer que, comme pour les températures, il existe plusieurs systèmes que l’on puisse interconnecter avec de simples formules de conversion. 


NB2 : Évidemment, les chiffres des mesures ne sont pas "créés" pour enregistrer les transactions, ils sont simplement utilisés. Les chiffres existent pour s’en servir. La notion de « créer des chiffres » n’a aucun sens. C’est uniquement le fait que, dans le système actuel, les chiffres négatifs sont payants qui oblige à "créer" des chiffres (positifs) pour "renflouer les gens", afin que chacun puisse enregistrer librement ses productions et ses réceptions, ses achats et ses ventes...


Bref, dans le premier cas ("monnaie"), on accorde de la valeur à des mesures accumulées, dans le second ("système de mesure"), les mesures ne servent qu’à tenir les comptes et à conserver l’historique des transactions.


La différence est une question de point de vue... et de Loi. 


La "monnaie" est un point de vue qui découle à la fois d’une interprétation (des mesures accumulées ont une valeur intrinsèque) et d’une convention (pour avoir des unités de mesure, il faut les louer à un centre de pouvoir - Banque, Roi, État...). Convention et interprétation forment une synergie auto-réalisatrice.



Se débarrasser de ces conditionnements, c’est rendre à l’enregistrement des échanges sa nature simple et originelle, et par conséquent se libérer de l’endettement obligatoire pour obtenir des unités.